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Exploitation du zircon à Diogo : Le dilemme des populations assises sur des milliards

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Exploitation du zircon à Diogo : Le dilemme des populations assises sur des milliards

Avant les années 2000, le zircon était une inconnue pour la majorité des Sénégalais. Mais dans la région de Thiès et en Casamance, ce minerai, ‘’dormait’’ dans le sable. Sa découverte a laissé poindre l’espoir de lendemains qui chantent pour l’État et pour les populations. Mais après 4 années d’exploitation, celles-ci continuent de recenser leurs misères et d’étaler leur pauvreté dont elles espéraient sortir.

Diogo est sorti de l’ombre à l’orée du 21e siècle. Situé non loin du littoral, dans la commune de Darou Khoudoss (région de Thiès), ce village n’avait rien qui puisse retenir l’attention. Jusqu’à ce que, un jour de 2003, la Grande côte opérations S.a (Gco), une entreprise minière franco-australienne, y démarre des activités extractives. On commençait alors à parler de zircon, mais aussi d’ilménite, de rutile et de leucoxène. Mais, c’est quand les premières ‘’grosses machines’’ sont arrivées et qu’on a commencé à construire une voie de chemin de fer pour évacuer la production, qu’on s’est rendu à l’évidence. Les chiffres ont commencé à se cumuler et à créer une sorte d’euphorie. 

Et c’était bien avant les découvertes de gaz et de pétrole annoncées en 2014, le Sénégal commençait alors à rêver en couleurs. La Chambre des mines du Sénégal (Cmds) l’annonçait 3e producteur mondial de zircon, avec une production qui devait représenter 8% de la consommation mondiale et 25% du commerce européen. Mais, après 15 ans d’activités sur le site dont l’exploitation a commencé en 2014, le zircon fait plus pleurer que rire, à Diogo. 

À en rire ou à en pleurer

À Diogo, les populations ne cachent ni leur amertume, ni leur désillusion. Premier adjoint au maire de la Commune de Darou Khoudoss, Moda Samb étale un sentiment négatif : ‘’Il était prévu que le chômage des jeunes allait être un mauvais souvenir et que les conditions de vie des populations de Diogo, Fass Boye et environs soient améliorées. Hélas… Il était aussi annoncé la construction d’un hôpital, d’un stade multifonctionnel et de routes, en plus de l’électrification des villages environnants. Autant de promesses qui faisaient rêver les populations. Mais, depuis le démarrage de ses activités, la société n’a versé la moindre redevance à cette vaste commune de Diogo. Nous n’avons pas encore de centre de santé. Le seul qui existe dans la zone est à Tivaouane. Nous avions demandé qu’il en soit construit un, entre Taïba Ndiaye, Darou Khoudoss et Mboro, précisément dans la zone de Diogo et Fass Boye’’, a-t-il dit. Des propos que le rapport de l’Itie contredit en partie en révélant un soutien de l’ordre de 501 650 francs accordé à la mairie de Darou Khoudoss, le 11 avril 2017. Il se trouve toutefois que dans cette localité, l’érection d’aucune nouvelle route n’est notée. Alors que beaucoup d’enveloppes ont été distribuées aux populations, en guise de perdiem, soutiens, subventions ou pour des constructions/réhabilitations d’infrastructure. Des montants qui se chiffrent globalement à 200 millions de francs.

Les emplois créés, eux, restent maigres, s’insurgent certains habitants de Diogo. Président de la commission en charge de ce secteur au niveau de la Commune de Darou Khoudoss, Ibra Fall évoque des acquis minimes. ‘’Il y a 5 ans, Gco a formé plus de 400 jeunes dans des domaines comme l’électricité, la mécanique, et dans d’autres modules comme conducteurs polyvalents. Mais, seuls près de 40 d’entre eux ont été recrutés. Au départ, les engagements de la société portaient sur 300 emplois. Aujourd’hui encore, ces jeunes non casés attendent, diplôme à la main’’, regrette-t-il. Ses parents de Diogo et lui reprochent à Gco de n’avoir ‘’pas pu construire un hôpital et subventionner le coût des traitements. Aujourd’hui, le poste de santé de Diogo prend en charge des populations de 30 villages et hameaux estimées à plus de 25 000 personnes. Chaque matin, la liste des patients à prendre en charge est bouclée dès 8 heures’’, regrette-t-il, à cause du nombre de patients qui prend d’assaut ledit poste.

La mine des lamentations

Du nombre des représentants des jeunes, Ibra Ba, président d’une association de 12 villages regroupant des agriculteurs, dit être déçu. ‘’Gco a fait moins que ce qu’on attendait d’elle sur les terres prises aux populations. Elle avait promis de réhabiliter et de réaménager les terres après l’exploitation du zircon. Mais, quand on se rend aujourd’hui sur le site où se trouvaient certains champs, l’on est attristé par l’état des lieux. Même, les arbres qui y ont été plantés peinent à croître à cause de l’état des sols. C’est donc tout le contraire de ce que Gco nous avait promis’’, s’indigne M. Ba. Mais, il est bon de signaler que ce site exploité est constitué de dunes de sable. 

En face de l’entrée principale du site qu’exploite Gco, les lieux passent plus pour une forteresse aux yeux des populations de Diogo et environs. À cet accès principal, deux grandes portes en grillage barrent l’entrée. Celles-ci s’ouvrent et sont refermées continuellement à cause des va-et-vient incessants des véhicules. Une entrée filtrée par les agents de sécurité. Celle-ci est distante de plus d’une centaine de mètres des bâtiments abritant, entre autres, des bureaux et la salle de restauration du personnel. Mais, ce sont des bâtiments qui sont très éloignés des sites d’exploitation des minerais et des bureaux de l’administration. Pour s’y rendre d’ailleurs, il est nécessaire de prendre l’un des véhicules de ladite société et d’emprunter une longue piste latéritique coupée tantôt par des barrières surveillées. Quant à l’accès au site d’exploitation, proprement dit, il demeure quasiment impossible. Le respect d’un certain nombre de mesures de sécurité liées au travail fait que seuls les privilégiés ou certains personnels bien équipés peuvent y accéder, ont confié des responsables de Gco, lors d’une visite de site à Diogo.

Baisse du niveau d’eau de la nappe phréatique

Sortie de l’anonymat grâce à plusieurs ressources minières dont le zircon, Darou Khoudoss n’abrite encore aucune infrastructure digne de ce nom. Aucune grande réalisation notoire provenant des retombées de l’exploitation de ces richesses minérales n’est sortie de terre. En l’absence du stade fonctionnel promis, au début, les jeunes de Diogo et environs continuent de jouer leur match dans des terrains vagues, sans tribunes ni mur de clôture. Il faut, toutefois, reconnaître que des ambulances ont été offertes et des sites de recasement, une école, une mosquée, entre autres, construits au profit des impactés de cette exploitation. Des investissements que Serigne Mbacké Mbaye, un jeune de la localité, trouve dérisoires : ‘’Nous ne sommes satisfaits qu’à 30% par rapport à nos attentes. Et nous ne pouvons pas dire que nous ne tirons pas profit des retombées du zircon dans notre localité. Mais Gco avait mieux à faire. Elle se devait, par exemple, de créer des centres de formation pour les jeunes de la localité’’, dit-il.

L’accès à l’emploi n’est pas la seule cause de griefs. Les récriminations des populations montent aussi à propos des impacts environnementaux que cause l’exploitation du zircon. Ces effets, Alioune Ndiaye dit les vivre. Maraicher de son état, il s’en désole : ‘’L’eau a commencé à se raréfier depuis que Gco mène ses activités. Nous sommes désormais obligés de creuser des puits de plus de 18 m de profondeur pour avoir de l’eau pour l’arrosage’’. 

Consultant en évaluation environnementale et sociale, par ailleurs, spécialiste en gestion des impacts des industries extractives et développement, Adama Fall note que de telles difficultés peuvent être entraînées par le fait que ‘’le procédé d’exploitation du zircon demande beaucoup d’eau’’. D’où ses craintes pour ces zones dans l’avenir. ‘’Il y a des prélèvements dans la nappe. Et n’oublions pas que c’est une exploitation qui va durer 25 ans, pour un contrat renouvelable. Imaginez donc les conséquences d’un éventuel manque d’eau sur l’agriculture et le maraichage dans cette zone !’’, dit-il. Concernant ce manque d’eau, les experts interrogés sont partagés sur la question. Par ailleurs, M. Fall souligne la nécessité de ‘’voir, si l’entreprise a nivelé et réhabilité les sols après exploitation du site. 

Seulement, la situation actuelle constitue un facteur explicatif des causes de cette baisse de la nappe. Pour preuve, au cours des 30 dernières années, la crête piézométrique de la nappe des sables du quaternaire du littoral nord du Sénégal (qui renferme des localité de la région de Thiès comme entre autres Mboro, Méouane, Taïba Ndiaye etc…) est passée de près de 28,35 m en 1982 à moins de 24,85 m en 2010. Ce rabattement continu du niveau piézométrique est le fruit d’une longue période pluviométrique déficitaire. Les plus fortes baisses piézométriques sont observées dans la zone côtière, durant la période 2000 à 2006 au niveau des piézomètres de Cayar, Keur Koura, Thiathiour, (localités situées dans la région de Thiès)’’.

Cette situation, le directeur du département social et environnemental de Gco, Daour Dieng, l’a confirmé avant de tenter d’écarter toute crainte d’un assèchement de cette nappe, à  cause de sa boite. ‘’La nappe phréatique dite de surface encore appelée nappe des Niayes est utilisée pour faire flotter la drague et nos installations de séparation du minerai de sable lourd dans le bassin de dragage. Mais, c’est avec un appoint d’eau pompée de la nappe profonde du Maastrichtien située à 600 mètres de profondeur. Nappe qui n’est pas en relation avec celle de surface. Cet appoint d’eau favorise la montée de la piézométrie qui est cette nappe de surface utilisée par les paysans dans leurs périmètres maraîchers’’, a-t-il dit. 

Pour ce qui est de la préservation de l’environnement, ‘’une Direction environnement et communauté dotée d’équipes spécialisées et professionnelles chargées de la conception et de la mise en œuvre des politiques et plans de gestion de l’environnement découlant de l’étude d’impact validée en 2006 et mise à jour en 2011. Ce, conformément à son Plan de gestion environnemental et social (Pges). D’ailleurs, la réhabilitation des sites exploités est faite de façon participative avec les populations locales en ce sens que des Gie dont les membres sont issus des communautés locales ont été créés pour prendre en charge les reboisements, l’amendement des sols et l’érection de filets brise-vents’’, a indiqué M. Dieng. 

‘’À Diogo, les populations subissent toutes les externalités négatives …’’

Des efforts qu’un des petit-fils du fondateur de Diogo, Ousseynou Fall a vivement salué. ‘’Gco a amélioré nos conditions de vie. Elle a permis à beaucoup de gens de trouver un emploi alors qu’elles peinaient à s’en sortir durant la saison des pluies’’, note-t-il.

Employé de Gco, Modou Mbaye, trouvé dans son bureau, minimise les plaintes : ‘’Je suis fils du terroir et je rappelle à ceux qui parlent de l’insuffisance d’emplois que lorsque Gco s’installait ici, les jeunes instruits n’étaient pas nombreux. Au moment des recrutements, en 2014, presque tous les étudiants qui étaient originaires de Diogo ont été recrutés par la Gco. À l’endroit de ceux qui se plaignent, je dirais qu’ils sont, pour la plupart, guidés par des considérations politiques. Sinon, s’il est vrai qu’il reste des choses à améliorer, tout n’est pas négatif’’.

S’il y a un responsable de cette situation, le coordinateur du Forum Civil, Abdou Aziz Diop, le trouve en l’État. ‘’La Constitution stipule, en son Article 25, que les ressources naturelles appartiennent au peuple sénégalais. Et, c’est l’État qui les fait exploiter au profit de ces populations. Mais les mines, le pétrole et le gaz ne sont pas des compétences transférées aux collectivités locales. Ces ressources sont exploitées dans des localités et l’État perçoit la totalité des redevances et taxes’’, a-t-il dit. Il ajoute qu’à ‘’Diogo, les populations vivent le paradoxe de l’abondance et subissent toutes les externalités négatives à côté des entreprises qui font des chiffres d’affaires de plusieurs milliards de francs. Par contre, l’État a prévu une disposition particulière à travers le Fonds de péréquation destiné aux collectivités locales qui prévoit 20% des redevances et des droits fixes à verser à l’ensemble des collectivités locales du Sénégal. Ce décret a été pris en 2009, mais il n’a jamais été mis en application. Pour le cas de ce Fonds de péréquation, Gco a payé, mais c’est l’État qui n’a pas versé aux collectivités locales’’.

Ce qu’il faudrait, selon M. Diop, c’est en arriver à une application d’une disposition pertinente du nouveau Code minier de 2016 qui affecte 0,5% du chiffre d’affaires annuel de toutes les entreprises aux collectivités. ‘’Ainsi, si Gco fait 200 milliards de francs de chiffre d’affaires, elle devait verser automatiquement un milliard de francs hors taxe à la commune de Darou Khoudoss. Malheureusement, il n’y a pas d’arrêté ni de dispositions pratiques pour sa mise en œuvre. Ainsi, Gco est en train de faire des efforts sur la Rse (Ndlr : Responsabilité sociétale des entreprises). Mais, cette Rse n’est pas encadrée. Elle est juste volontaire’’. 

Pour sa part, Thadée Adiouma Seck, chargé du programme Industrie extractive au niveau du Comité sénégalais des Droits de l’homme (Csdh), note que ‘’l’essentiel des écueils qui peuvent découler de l’exploitation minière a été pris en charge par la Gco. Il ne peut jamais y avoir unanimité sur la façon de gérer, mais Gco mène beaucoup d’actions sociales’’, souligne-t-il. ‘’Les populations, poursuit-il, ont raison d’exiger de l’État qu’il leur reverse ces parts qui leur sont affectées. D’autant plus que le Code minier avait créé en 2009 un fonds pour les communautés qui sont impactées. Mais l’État peine toujours à débloquer ces fonds et à rendre effective leur mise à disposition au niveau des collectivités locales. Ce sont des lenteurs qui concernent pratiquement toutes les zones minières du Sénégal. En plus, le Code minier a créé un Fonds de développement local qui est différent du Fonds de péréquation et d’appui. Dans ce fonds, les entreprises mettent 0,5% de leur chiffre d’affaires chaque année, destiné aux collectivités locales, surtout aux communautés impactées. Mais jusqu’à présent, il n’y a pas de plan de mise en œuvre de ce fonds. Et nous sommes en train de travailler plus sur la mise à disposition effective de ces fonds’’.

Près de 60 milliards de francs tirés du zircon en 2018

Secrétaire permanent adjoint au niveau de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie), Alioune Badara Paye, confie cependant que le zircon peut bien rapporter gros. ‘’En 2018, ce sont 774 000 tonnes de minéraux lourds qui ont été produites par la Gco, dont 93 569 tonnes de zircon’’. La tonne de zircon vendue à 1 100 dollars sur le marché mondial, la société a pu récolter près de 59 milliards 506 millions de francs. Et c’est vers les mois de juin/juillet (Ndlr 2019) que la redevance et les taxes à payer sont fixées de manière définitive’’, signale-t-il.

Avec cette concession minière de 445,7 km² de Mineral Deposits Limited (Mdl) et des investissements évalués à 200 millions de dollars (116 milliards 442 millions de francs), la production escomptée est de 80 000 tonnes de zircon, 20 000 tonnes de rutile et leucoxène, ainsi que 600 000 tonnes d’ilménite par an.

Les récriminations des populations, Daour Dieng les a contestées, par ailleurs, dans un entretien accordé à Dakaractu. ‘’On ne peut pas énumérer tout ce que nous avons fait et continuons de faire au profit des populations. Il y a beaucoup de personnes qui attaquent Gco et nous reprochent des faits sans être à même d’apporter véritablement une preuve de leurs accusations’’.

Pour ce qui est des sites exploités, il précise : ‘’L’exploitation de ressources minières se fait dans les dunes littorales dans la plupart des cas impropres à l’agriculture et en retrait de la Niaye où est fortement pratiqué le maraîchage par les populations locales’’. Par ailleurs, ‘’nous avons offert des indemnisations confortables aux populations impactées, nous avons multiplié par 5 les barèmes officiels d’indemnisation du Sénégal. Mais, pour que l’on puisse réaliser des infrastructures pour les populations, il faut que celles-ci s’accordent sur un site pouvant abriter, entre autres, le stade et le marché. Gco ne va pas investir dans des projets qui suscitent des conflits entre populations locales’’, confie M. Dieng. 

Sur la question de l’emploi, M. Dieng d’indiquer qu’au moins 250 jeunes des localités environnantes sont recrutés dans la boite. Pour les fonds affectés aux populations, il a précisé que ‘’chaque année, 200 millions de francs sont dégagés au titre de la Responsabilité sociétale d’entreprise (Rse) et je puis vous assurer que 45%  de ce montant (près de 100 millions) sont affectés à la commune de Darou Khoudoss où se trouve le terroir de Diogo’’. Un fait attesté par l’Itie qui, dans son rapport de 2017, a donné les détails des dépenses de Gco au profit des populations locales chiffrées à 188 947 502%20947%C2%A0502  francs.

Les recommandations du réseau des parlementaires à l’État au profit des populations

Le Secrétaire permanent du Réseau des parlementaires pour la bonne gouvernance des ressources minérales à l’Assemblée nationale (Rgm), en l’occurrence, l’ancien parlementaire, Cheikh Oumar Sy dit s’être lui-même rendu à Diogo. Il a affirmé que les populations ‘’ne voient les retombées ni en terme de ressources financières ni en terme d’infrastructures ou d’assainissement, encore moins en termes d’emplois et de perspectives économiques’’. 

Dans cette localité, la richesse des terres n’est pas perceptible sur les habitats. Sur l’axe principale où est construite la grande mosquée, les maisons d’un autre âge jalonnent la voie. C’est aussi là où est implanté ce qui sert aux populations locales de marché. Il s’agit d’un petit périmètre où les étals de fortune constituent l’essentiel du décor. Un lieu d’échange, où tous les après-midi, les vendeurs viennent écouler leurs produits.

La conviction de M. Sy, par ailleurs, président de l’Observatoire pour le suivi des indicateurs de développement économique en Afrique (Osidea), est qu’il faut aller au-delà de la loi pour avoir un guide Rse qui pourrait ‘’encadrer les entreprises minières devant accompagner les populations au niveau local et donner un cadre légal à cela pour qu’elles ne puissent pas se disperser dans leurs demandes’’.

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Intelligence Économique au profit de l’Employabilité et de l’Entreprenariat des Jeunes au Sénégal. (Par Dr Thierno THIOUNE)

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Au Sénégal, comme dans la plupart des pays en développement, la désarticulation de l’économie, aggravée par la grande récession qui a récemment frappé les secteurs économiques les plus dynamiques, a eu de profondes répercussions sur le marché du travail. Cette dégradation du marché du travail a accentué l’intérêt d’analyser les répercussions du cycle des affaires sur l’entrée dans la vie active et les trajectoires individuelles, particulièrement des jeunes actifs, notamment ceux des pays comme les nôtres qui se projettent sur la trajectoire de l’émergence. Cependant, les conditions conjoncturelles, ont eu véritablement une sorte « d’effet cicatrice » avec un impact négatif et persistant sur la trajectoire professionnelle des travailleurs notamment des jeunes en âge de travailler.
Même si, faut-il le rappeler, les études menées contribuent à accroître la productivité en permettant d’accumuler davantage le capital humain. En ce sens, le diplôme participe à réduire la probabilité de se retrouver au chômage des jeunes et contribue alors aux renforcements de leurs perspectives de carrière tout en concourant à corriger les effets pervers des déséquilibres conjoncturels du marché du travail. En réalité, le diplôme apparaît comme un « signal » aux yeux des employeurs, attestant de la productivité et constituant pour nous tous un intrant capital dans la réalisation des idées entrepreneuriales. Pour cela, l’ intelligence économique devrait constituer une source intarissable d’opportunité, si elle est intégrée dans la conception des curricula.

Dès lors, il est important de cerner le champ d’application de l’i ntelligence économique à travers la maitrise de l’information, la sécurité des données et l’identification des menaces économiques qui sont au cœur des préoccupations de toutes les organisations notamment les États, les Entreprises et les ONGs, principaux acteurs pourvoyeurs d’emploi. Il s’agit pour les futurs travailleurs diplômés de savoir transformer les informations en connaissances pour atteindre des objectifs spécifiques de la dimension stratégique et collective fondé sur l’intelligence économique.

La problématique, dont il est ici question, demeurant au centre des préoccupations actuelles, essaie d’analyser dans quelle mesure l’ intelligence économique serait-elle un atout à l’employabilité et à l’entreprenariat des Jeunes au Sénégal ?

Apparue aux Etats-Unis, l’intelligence économique, s’est imposée rapidement dans les plus grandes entreprises à travers le monde mais peine à trouver sa place dans les PMEs de nos types de pays où le concept est souvent perçu, à tort, comme abstrait et inaccessible. La notion de « l’intelligence économique » est devenue un élément fondamental de la démarche stratégique même si sa conception moderne ne date que d’une quinzaine d’années. Fort de ce double constat, il doit être fondamentale de mesurer à quel point la vertu de l’intelligence économique doit être pour les autorités étatiques une priorité essentielle, une solution structurelle pour notre avenir commun, un ciment fondamental pour le Sénégal émergent de demain, une réponse aussi pour les jeunes nouveaux diplômés de notre système éducatif qui n’auront plus rien à craindre demain face au marché du travail.

Notre système éducatif supérieur, ayant l’obligation d’intégrer le rôle primordial que joue l’ intelligence économie en matière de développement économique, social et professionnel et particulièrement son atout pour l’entreprenariat en ce qu’elle permet de rendre accessible les connaissances, les partager et les exploiter, devrait s’ouvrir davantage sur le monde socio-économique, partenaire indispensable à la réalisation de l’ensemble des objectifs scientifiques, pédagogiques et professionnels. En effet, le partenariat système éducatif-entreprise devrait s’inscrire davantage dans une mission lui permettant d’être en symbiose avec son environnement économique à travers des passerelles multiples allant des instituts de formation vers les entreprises et inversement.

Plusieurs expériences réussies, de par le monde, ont permis de dynamiser les projets collaboratifs, de rapprocher les entreprises des unités de formation. Développer la relation entre le monde académique et le milieu socioéconomique devrait constituer l’un des objectifs de notre système éducatif afin de renforcer l’employabilité́ des apprenants, de promouvoir l’innovation et de mieux organiser l’insertion des étudiants dans le monde professionnel à travers une multiplicité d’actions mises en place.

En réalité l’accès des jeunes au marché du travail au Sénégal constitue une problématique économique lancinante. La longue succession des échecs des politiques publiques en la matière a remis au-devant de la scène les interrogations sur le rôle positif de l’intelligence économique sur l’employabilité. Dès lors, la maitrise de leur lien constitue une bouée de sauvetage pour les millions de jeunes africains en général qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

Seulement, il est important de comprendre que le défi auquel fait face l’employabilité des jeunes au Sénégal, particulièrement, est la capacité de ces derniers à appréhender les contours de l’intelligence économique afin de le mettre au service de l’économie réelle et de la croissance économique. Pour cela les jeunes nouveaux diplômés doivent jouer un rôle majeur en faisant preuve d’ingéniosité pour relever les défis que posent les crises du marché du travail et cela grâce à l’intelligence économique et les pouvoirs stratégiques qu’elle génère profitant et motivant l’entreprenariat.

Dans la marche actuelle du monde, la dynamique entrepreneuriale s’appréhende comme une résultante de la dynamique stratégique de l’intelligence économique intégrant le triptyque : Appropriation – Interprétation – Action. En ce sens, cette triple relation est l’un des aspects les plus développés et l’un des vecteurs les plus performants à côté de la maitrise des techniques d’informations et de la communication pour des innovations entrepreneuriales au profit de l’évolution économique.

Aussi, est-il vrai que des préoccupations demeurent notamment celles sur le lien entre la compréhension de l’intelligence économique et de l’entreprenariat d’une part mais aussi celle de l’accès au financement et de la maitrise des innovations issues des techniques d’information et de la communication. Toutefois, nous pouvons retenir, tout au plus, que l’intelligence économique apparaisse comme une double solution à l’entreprenariat :
Premièrement, les contraintes financières qui, lorsqu’elles sont desserrées, peuvent pousser les jeunes nouveaux diplômés mettant au profit les sources de l’intelligence économique à imaginer de nouvelles modalités de concrétiser leur projet entrepreneurial.
Deuxièmement, les nouvelles opportunités qu’offrent les technologies de l’information et de la communication pourront inciter les jeunes nouveaux diplômés à innover et penser des start-up innovantes que l’utilisation de l’intelligence économique pourrait simplifier.

C’est dire que la lutte contre le chômage et les crises du marché du travail passent par le renforcement des capacités nationales du pays dans le domaine de l’intelligence économique et par l’utilisation de plateformes les plus appropriées et des technologies les plus favorables.

C’est justement, conscient que le partage des connaissances et des expériences reste la base du progrès de l’homme que je milite pour un système éducatif sénégalais adoptant une approche faisant bénéficier à nos futurs « jeunes diplômés entrepreneurs » d’un stock de connaissances sur l’intelligence économique, de savoir-faire, et ce, en vue de les inciter vers l’entreprenariat car dans ce monde complexe où l’information n’a jamais été aussi abondante, nous devons intégrer l’intelligence économique ».
Dr Thierno THIOUNE
Maître de Conférences Titulaire FASEG/UCAD
Directeur des Etudes du CREFDES
Membre du Conseil Scientifique du LARED

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État des exportations au Sénégal : Ce gap important à combler malgré un rythme de croissance apprécialble

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Le Sénégal, dans le domaine des exportations, entend mettre l’accent sur les opportunités qu’offre son adhésion aux accords commerciaux multilatéraux et régionaux afin de  valoriser le potentiel d’offre et de services.

En effet, la phase 1 du PSE avait ciblé plusieurs secteurs porteurs de croissance dont le développement pourrait contribuer à augmenter nos exportations et réduire le déficit structurel de notre balance des paiements.

C’est à cet égard même qu’il s’est agi pour le gouvernement, de promouvoir l’émergence des secteurs de l’éducation, de la santé, la finance, les services IT, les services BTP, l’externalisation des processus de métiers entre autres… Cela devrait se faire tout en consolidant l’offre des secteurs traditionnels tels que l’agriculture, le tourisme, la pêche, les produits miniers, chimques, etc.
C’est dans cette perspective que le gouvernement du Sénégal s’est assigné l’objectif de “multiplier par trois le niveau des exportations par tête, à l’horizon 2023”. Cependant, “des performances réalisées sont restées mitigées sur la période de mise en oeuvre de la première phase du plan Sénégal émergent”, nous fait-on savoir. Aussi, il est à souligner que durant cette phase, , “les exportations par habitant ont été multipliées par 1,27 passant ainsi de 111 749, 91 Fcfa en 2014 à 142 888,6 Fcfa en 2018. Ce qui montre de toute évidence, “un gap de 1,73 (correspondant à une hausse projetée des exportations de 73% à combler pour l’atteinte de l’objectif ciblé par le PSE”, renseigne le ministère du commerce. Un objectif visé bien entendu dans un contexte où les perspectives du marché international s’annoncent incertaines entre risques de récession en Europe et aux Etats Unis, le ralentissement de la croissance chinoise, les conflits commerciaux, le crise du Brexit, les tensions sécuritaires persistantes au Mali, dans la sous-régions etc…

Selon le ministère du commerce, cette situation, bien qu’apréciable, comparée à la période 2009-2013 où il se situait à 7%, le rythme de croissance des exportations du Sénégal, avec un taux de 9% en moyenne annuelle sur 2014-2018, reste néanmoins encore faible par rapport aux pays de référence, notamment la Côte d’Ivoire et le Maroc car, ces derniers présentent un taux de PIB nettement superieur à 30% contrairement au Sénégal qui affiche 27%. Ces contraintes liées à ce développemnt des exportations sont dues généralement à cette faible pénétration des marchés mondiaux, la faible transformation des produits exportés, l’insuffisance de logustique et du réseau d’infrastructures de commerce.

Il est toutefois attendu avec la mise en œuvre de la 2e phase du plan Sénégal emergent, une diversification et une amélioration de la qualité des produits et services exportés pour amener le taux de marchandises exportés à 45,21% en 2023.

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La Bulgare Kristalina Georgieva nommée directrice générale du FMI

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Kristalina Georgieva

La Bulgare, numéro 2 de la Banque mondiale, va remplacer Christine Lagarde à la tête du Fonds monétaire international.
La Bulgare Kristalina Georgieva est devenue officiellement ce mercredi la seconde femme à être nommée directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), a annoncé le conseil d’administration de l’institution de Washington.

Kristalina Georgieva, qui était la directrice générale de la Banque mondiale, était la seule candidate en lice. Agée de 66 ans, elle avait bénéficié d’un changement de statut du Fonds, relatif à la limite d’âge, pour rendre valide sa candidature. Son mandat d’une durée de cinq ans démarre le 1er octobre prochain.

Économiste de formation, elle remplace Christine Lagarde démissionnaire pour diriger la Banque centrale européenne (BCE). “Je prends mes nouvelles fonctions en étant consciente des gros défis à relever. La croissance économique mondiale continue de décevoir, les tensions commerciales persistent, et le fardeau de la dette s’alourdit dans beaucoup de pays”, a déclaré Kristalina Georgieva, citée dans un communiqué. “Dans ce contexte, ma priorité immédiate à la tête du FMI sera d’aider des pays membres à minimiser le risque des crises et à être prêts à faire face au ralentissement économique”, a-t-elle ajouté.

Guerre commerciale et crise argentine au programme
Avec le ralentissement de l’économie mondiale en particulier en Europe et la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, la nouvelle dirigeante du FMI va devoir s’atteler à une tâche ardue pour inciter les pays à prendre les mesures nécessaires pour ne pas faire dérailler la croissance.

La crise économique argentine sera probablement l’un des dossiers les plus épineux à court terme alors que les critiques se multiplient contre le FMI qui a accordé l’an passé un prêt de 57 milliards de dollars au pays, et déjà déboursé 44 milliards, en échange d’une cure d’austérité budgétaire. Des réunions techniques se déroulent d’ailleurs actuellement à Washington en présence des autorités argentines.

Kristalina Georgieva avait été désignée comme la candidate de l’Union européenne le 2 août à l’issue d’un vote serré en raison de divisions au sein de l’UE. Ses supporteurs avaient mis notamment en avant sa solide expérience dans la finance internationale.

À la Banque mondiale, où elle a effectué l’essentiel de sa carrière avant d’en devenir directrice générale en 2017, elle s’est forgée une expertise dans le domaine de l’environnement en multipliant les fonctions dans les domaines du développement durable et des questions agricoles notamment. En outre, elle a beaucoup œuvré en faveur des femmes appelant à une meilleure éducation des filles, à bannir les lois entravant le travail des femmes, incitant à l’entrepreneuriat des femmes, notamment en Afrique. Sur ce point, elle devrait s’inscrire dans la continuité de Christine Lagarde qui a sans relâche affiché sa volonté d’agir en faveur de l’égalité des genres.

P.L avec AFP

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